Publié le 28 mai 2026 | Par Arame Ndiaye – Journaliste société (Namfiyo)
À quelques jours de la Tabaski, le marché de Sandaga vibre au rythme des préparatifs. Entre forte affluence, baisse des ventes et inquiétudes financières, l’achat du mouton reste une préoccupation majeure pour de nombreux ménages sénégalais, en particulier les familles polygames.
Dans les allées animées du marché Sandaga, au cœur de Dakar, l’ambiance oscille entre effervescence et incertitude. Les étals débordent de bazin, de chaussures, de vêtements et d’accessoires en tout genre. Mais derrière cette agitation apparente, les commerçants expriment leurs inquiétudes face à une clientèle plus hésitante que les années précédentes.
Des commerçants sous pression à l’approche de la fête
Assis devant son étal, Abdoulaye Sy, vendeur de sous-vêtements féminins, observe le passage des clients avec une certaine inquiétude.
« Mes clientes se font rares et ce n’est pas bon pour les affaires d’autant plus que la Tabaski approche », confie-t-il.
À 63 ans, il continue de travailler sans relâche malgré la fatigue, dans l’espoir de réunir suffisamment de revenus pour faire face aux dépenses liées à la fête.
Le mouton : un casse-tête financier pour les ménages
Dans les foyers, la priorité reste l’achat du mouton, élément central de la Tabaski. Mais pour de nombreuses familles, notamment polygames, cette obligation pèse lourd sur le budget.
« Je ne peux pas dépenser plus de 80 000 FCFA pour un mouton. J’en achèterai un pour mes deux femmes », explique Abdoulaye Sy.
Ce choix, dicté par les contraintes économiques, reflète une réalité de plus en plus répandue dans les ménages sénégalais confrontés à la hausse du coût de la vie.
Entre résignation et stratégies d’adaptation
À quelques mètres de là, Mamadou Diouf, vendeur de vêtements, partage les mêmes préoccupations. « Ces derniers temps, les affaires marchent moins, mais je garde espoir », explique-t-il.
Pour faire face, il a anticipé en mettant de l’argent de côté : « J’achèterai un seul mouton pour mes deux femmes ».
Ces stratégies d’adaptation traduisent une évolution des pratiques face aux contraintes économiques.
Entre tradition et moyens financiers
Toutefois, certains tiennent à respecter pleinement la tradition. C’est le cas de Daouda Dione, à la fois vendeur et éleveur, qui prévoit d’offrir un mouton à chacune de ses épouses.
« J’ai la chance d’être éleveur, cela me permet de m’organiser différemment », explique-t-il.
Mor Diop adopte également cette approche, avec deux moutons prévus pour ses épouses vivant à Dakar et à Saint-Louis.
Une fête entre foi, pression sociale et solidarité
La Tabaski reste avant tout une fête religieuse marquée par le sacrifice, le partage et la solidarité. Cependant, elle est aussi influencée par des attentes sociales parfois difficiles à satisfaire.
Certains, comme Mame Thierno, adoptent une organisation rigoureuse : « J’épargne toute l’année. J’achète trois moutons : deux pour mes épouses et un pour mes parents ».
Ce témoignage illustre l’importance accordée à la préparation et à la transmission des valeurs familiales.
Une tradition confrontée aux réalités économiques
À mesure que la Tabaski approche, la pression monte dans les foyers et sur les marchés. L’achat du mouton devient une priorité, parfois vécue comme une obligation sociale plus qu’un simple acte religieux.
Dans ce contexte, de nombreux Sénégalais tentent de trouver un équilibre entre respect des traditions et gestion de leurs moyens financiers.
Malgré les difficultés, l’essentiel demeure : célébrer la fête dans le respect des valeurs de l’islam, en privilégiant la solidarité et le partage.
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