Et si le bras de fer entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko finissait par porter préjudice aux deux hommes ? C’est la thèse développée par l’essayiste sénégalais Mamoudou Ibra Kane dans son ouvrage « Troisième alternance au Sénégal, mon double regard », publié aux éditions Le Lys Bleu.

Leader du mouvement politique Demain, c’est maintenant, l’auteur s’exprime sur la crise au sommet de l’État sénégalais, mais aussi sur le prochain sommet Afrique‑France à Nairobi. De passage à Paris, il répond aux questions de RFI.

RFI : Dans votre dernier livre, vous affirmez que le bras de fer entre le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko tournerait à l’avantage du chef de l’État. Pourquoi ?

Mamoudou Ibra Kane : Du point de vue strictement institutionnel, ce combat est un affrontement entre le pot de fer et le pot de terre. Le président dispose, à ce niveau, d’un avantage évident. Maintenant, sur le plan politique, si l’on imagine que les deux se présentent en 2029, Ousmane Sonko conserve une popularité réelle qui pèsera. Mais il ne sera pas le seul acteur et d’autres prétendants n’ont pas encore dit leur dernier mot.

RFI : Allons‑nous vers un clash ouvert entre les deux chefs de l’exécutif ? Le président pourrait‑il démettre son Premier ministre, ou celui‑ci démissionner ?

Mamoudou Ibra Kane : J’ai envie de dire au président que le tigre n’a pas besoin de proclamer sa tigritude : il bondit et agit. Le pouvoir de nommer ou de démettre un Premier ministre est connu. Il lui appartient de se déterminer. Quant à Ousmane Sonko, s’il estime qu’il ne peut plus travailler avec le président et qu’il nourrit l’ambition d’être candidat en 2029, il doit en tirer les conséquences et démissionner. Le jeu est donc clair.

RFI : Si Ousmane Sonko devenait à nouveau éligible pour 2029 avec le soutien de Pastef, pourrait‑il écraser une candidature de Bassirou Diomaye Faye ?

Mamoudou Ibra Kane : Je ne pense pas que l’affrontement se limite à ces deux hommes. D’autres acteurs politiques ont des ambitions présidentielles légitimes. Ce que je crains surtout, c’est que les deux finissent par laisser des plumes. Les Sénégalais, qui avaient beaucoup d’espoir dans ce duo, commencent aujourd’hui à perdre confiance. Ils attendent des réponses concrètes sur les questions économiques et sociales, et ce désenchantement pourrait leur coûter cher.

RFI : Qui voyez‑vous comme autres prétendants potentiels ?

Mamoudou Ibra Kane : Il y a les partis historiques, mais aussi des formations émergentes. Je pense notamment à notre mouvement Demain, c’est maintenant, mais aussi à Thierno Alassane Sall, Anta Babacar Ngom, Bougane Dany et d’autres acteurs qui pourraient se positionner.

RFI : Ce lundi s’ouvre le sommet Afrique‑France à Nairobi, une première en terre anglophone. La participation attendue du président Diomaye Faye n’est‑elle pas surprenante au regard de son discours souverainiste ?

Mamoudou Ibra Kane : Logiquement, on aurait pu s’attendre à son absence. Ce sommet est souvent assimilé à la Françafrique par Pastef. Mais il est rattrapé par la réalité du pouvoir. Le souverainisme a ses limites lorsqu’on dirige un pays comme le Sénégal, qui doit commercer et coopérer avec le monde. La relation Afrique‑France évolue aujourd’hui avec moins de charge émotionnelle, ce qui peut justifier sa présence à Nairobi.

RFI : La rivalité entre Diomaye Faye et Sonko est souvent décrite comme un combat de coqs. N’est‑ce pas aussi un conflit politique entre realpolitik et souverainisme ?

Mamoudou Ibra Kane : Ce sont effectivement deux visions qui s’entrechoquent et qui risquent de fragiliser la stabilité des institutions, voire celle du Sénégal dans son ensemble, si les acteurs ne prennent pas la mesure des risques.

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