Publié le 3 juin 2026 | Par Ndiaye Mamadou – Analyste politique (Namfiyo)
Alors que la formation du nouveau gouvernement divise la classe politique sénégalaise, Aminata Touré, figure de la coalition Diomaye Président, justifie les choix opérés par l’exécutif et appelle à privilégier l’efficacité et la stabilité institutionnelle.
Le nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô continue de susciter de vifs débats au Sénégal. Composée de 30 ministres, cette équipe se distingue par l’absence officielle du Pastef, malgré la présence de certains de ses membres.
Dans ce contexte, Aminata Touré, superviseure générale de la coalition Diomaye Président, est sortie du silence pour défendre cette nouvelle configuration politique et clarifier les enjeux.
Un gouvernement issu d’une légitimité démocratique
Face aux critiques sur la légitimité du gouvernement, Aminata Touré rappelle que le président Bassirou Diomaye Faye a été élu démocratiquement avec une majorité claire.
Selon elle, la formation du gouvernement relève pleinement des prérogatives constitutionnelles du chef de l’État.
« Nous sommes dans un cadre démocratique clair : le président nomme le Premier ministre, qui propose un gouvernement validé par le chef de l’État », a-t-elle déclaré.
Elle insiste sur le fait que les Sénégalais attendent avant tout des résultats concrets plutôt que des polémiques politiques.
Le choix de l’efficacité devant les attentes sociales
Dans un contexte marqué par des défis économiques et sociaux importants, Aminata Touré assume le choix d’un gouvernement composé en partie de technocrates.
Pour elle, la priorité est de répondre aux préoccupations des populations, notamment en matière de pouvoir d’achat et de développement.
« Les Sénégalais veulent que le gouvernement travaille et apporte des solutions », souligne-t-elle.
La question d’une cohabitation politique
Avec une Assemblée nationale dominée par le Pastef, certains observateurs évoquent déjà une situation de cohabitation institutionnelle.
Mais pour Aminata Touré, il s’agit avant tout d’une dynamique interne au parti.
Elle appelle à une responsabilité collective des institutions afin d’éviter toute crise politique.
« Si chacun respecte ses prérogatives et met en avant les intérêts du Sénégal, il n’y aura pas de blocage », affirme-t-elle.
Reddition des comptes : entre justice et équité
Sur la question sensible de la reddition des comptes, souvent évoquée par les responsables du Pastef, Aminata Touré tient à faire une distinction importante.
Elle rappelle que la reddition des comptes ne doit pas être confondue avec un règlement de comptes politique.
« La justice doit être indépendante. On ne condamne pas quelqu’un simplement parce qu’il est un adversaire politique », insiste-t-elle.
Cette position vise à rassurer sur l’engagement du gouvernement en faveur d’une gouvernance transparente, mais respectueuse des principes de l’État de droit.
La question sensible de la dette
Autre point de divergence avec certains responsables du Pastef : la gestion de la dette publique.
Aminata Touré adopte une approche pragmatique, estimant qu’il est nécessaire de dialoguer avec les partenaires internationaux tout en évitant les erreurs du passé.
Elle évoque notamment la nécessité de « reprofilage » de la dette, tout en rejetant les politiques d’ajustement structurel qui ont marqué les décennies passées.
« Il faut trouver une solution viable sans compromettre les programmes sociaux », explique-t-elle.
Une vision tournée vers la stabilité politique
Concernant les tensions politiques actuelles, Aminata Touré rejette l’idée d’une stratégie de sabotage entre les acteurs politiques.
Elle appelle à dépasser les rivalités personnelles pour se concentrer sur les priorités nationales.
Selon elle, les Sénégalais n’attendent pas une campagne électorale permanente, mais des actions concrètes.
« Saboter l’action gouvernementale reviendrait à pénaliser les populations », prévient-elle.
Vers une nouvelle phase politique ?
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte de recomposition politique majeure au Sénégal. La relation entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko semble entrer dans une nouvelle phase.
La capacité des institutions à fonctionner harmonieusement dans ce contexte sera déterminante pour la stabilité du pays.
Le défi pour le gouvernement sera de démontrer son efficacité tout en maintenant un dialogue politique ouvert.
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