Publié le 7 juillet 2026 | Par Ndiaye Mamadou – Analyste politique (Namfiyo)
Nouvel épisode dans le bras de fer institutionnel autour de la réforme constitutionnelle. Le président Bassirou Diomaye Faye a saisi le Conseil constitutionnel afin qu'il se prononce sur la régularité de la procédure ayant conduit à l'adoption du texte par l’Assemblée nationale.
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a saisi lundi 6 juillet le Conseil constitutionnel pour « violation de la procédure de révision constitutionnelle »
La bataille autour de la révision de la Constitution sénégalaise connaît un nouveau rebondissement. Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a officiellement saisi le Conseil constitutionnel afin d'obtenir un avis sur la conformité de la procédure ayant conduit à l'adoption du texte par l'Assemblée nationale le 29 juin dernier.
Dans sa requête, le chef de l'État ne remet pas en cause le contenu de la réforme mais la manière dont celle-ci a été adoptée.
Il demande à la haute juridiction de statuer en urgence sur une éventuelle « violation de la procédure de révision constitutionnelle ».
Une réforme déjà fortement contestée
La réforme constitutionnelle avait été adoptée à une très large majorité par les députés présents lors d'une séance particulièrement tendue.
Le texte modifie 29 articles de la Constitution et introduit plusieurs changements importants dans l'organisation des pouvoirs publics.
Parmi les dispositions les plus marquantes figurent l'interdiction pour le président de la République de diriger un parti politique, la limitation du pouvoir de dissolution du Parlement et le renforcement des prérogatives de l'Assemblée nationale et du Premier ministre.
Pourquoi la saisine du Conseil constitutionnel ?
Selon plusieurs observateurs, cette démarche constitue l'un des principaux moyens institutionnels dont dispose le président pour contester la réforme.
L'objectif est de vérifier si toutes les étapes prévues par la Constitution ont été respectées avant l'adoption du texte.
Une décision défavorable pourrait remettre en cause tout ou partie du processus engagé par la majorité parlementaire.
Un nouvel épisode du bras de fer Diomaye–Sonko
Cette saisine intervient dans un contexte marqué par des divergences croissantes entre le président Bassirou Diomaye Faye et le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko.
Alors que les députés du Pastef défendent la réforme comme l'aboutissement des recommandations issues des Assises de la Justice de 2024 et du Dialogue national de 2025, les partisans du chef de l'État réclament davantage de concertation.
Pour les opposants au texte, certaines dispositions modifieraient profondément l'équilibre institutionnel au profit du Parlement.
Quels scénarios possibles ?
Plusieurs hypothèses sont désormais envisagées.
- Le Conseil constitutionnel valide la procédure et la réforme poursuit son chemin.
- Le Conseil constate des irrégularités et demande une reprise partielle ou totale du processus.
- Une nouvelle phase de dialogue politique est ouverte afin de rechercher un consensus plus large.
Quelle que soit l'issue, cette décision aura des conséquences importantes sur l'avenir institutionnel du Sénégal.
Le peuple au centre du débat
Au-delà des affrontements entre institutions, cette séquence politique pose la question de la participation citoyenne aux grandes réformes.
De nombreuses organisations de la société civile demandent un débat national approfondi afin que les Sénégalais puissent pleinement comprendre les implications de cette révision constitutionnelle.
L'enjeu dépasse ainsi le simple cadre juridique et touche directement à la conception de la démocratie et de la gouvernance dans le pays.
La saisine du Conseil constitutionnel ouvre une nouvelle étape dans le dossier de la réforme constitutionnelle. Alors que les tensions demeurent vives entre les différentes institutions, les prochains jours seront décisifs pour déterminer l'avenir de ce texte qui pourrait redessiner durablement l'équilibre des pouvoirs au Sénégal.
Le Conseil constitutionnel doit-il privilégier le respect strict de la procédure ou prendre en compte l'objectif politique de la réforme ?