Publié le 8 juin 2026 | Par Ndiaye Mamadou – Analyste société & migration (Namfiyo)
Derrière les démarches administratives de plus en plus complexes pour obtenir un visa, un véritable système économique s’est structuré en Afrique. Entre services payants, pratiques commerciales controversées et réseaux frauduleux, l’accès au visa devient un parcours coûteux et opaque pour de nombreux candidats.
Passeports africains – la demande de visas internationaux reste un enjeu majeur pour des milliers de candidats – Image d’illustration.
Présente dans plus de 160 pays et travaillant avec de nombreuses ambassades, l’entreprise VFS Global s’est imposée comme un acteur central dans le traitement des demandes de visas à travers le monde.
En Afrique, cette externalisation des démarches administratives a profondément transformé l’accès aux visas, au point de susciter incompréhensions, critiques et frustrations chez de nombreux candidats.
Un système devenu une machine économique
VFS Global, détenue majoritairement par un fonds d’investissement international, a vu ses bénéfices croître de manière spectaculaire ces dernières années, passant de plusieurs dizaines à plus de cent millions d’euros.
Cette croissance repose en grande partie sur la vente de services dits "à valeur ajoutée", tels que :
- Notifications par SMS
- Accès à des espaces premium
- Services d’assistance personnalisée
Ces services, présentés comme facultatifs, représentent une part importante des revenus de l’entreprise.
Des pratiques commerciales critiquées
Selon plusieurs témoignages d’anciens employés, ces services sont souvent proposés de manière insistante, voire présentés comme indispensables aux demandeurs.
Des pressions internes et des objectifs commerciaux encourageraient la vente systématique de ces options payantes.
« On nous demandait de les vendre comme si c’était obligatoire », confie anonymement un ancien salarié.
Dans certains cas, les candidats ignorent même le caractère facultatif de ces prestations.
Des réseaux frauduleux en parallèle
Au-delà du système officiel, des réseaux informels se sont développés autour des centres de visas.
Ces "agences" promettent des rendez-vous ou des facilités moyennant des sommes importantes, allant parfois jusqu’à plusieurs centaines d’euros.
Certains témoignages évoquent même des complicités internes, notamment dans l’accès prioritaire aux créneaux de rendez-vous.
Des candidats piégés par l’urgence
Face aux délais d’attente et à la difficulté d’obtenir un rendez-vous, de nombreux candidats se tournent vers ces intermédiaires, malgré les risques.
Ils paient parfois des sommes importantes sans garantie d’obtenir un visa, ce qui alimente un sentiment d’injustice et de méfiance.
La réponse de VFS Global
Interrogée sur ces pratiques, l’entreprise affirme mettre en place des mesures de sécurité pour lutter contre les fraudes, notamment via des systèmes de vérification et des campagnes de sensibilisation.
Elle insiste également sur le fait que les services à valeur ajoutée sont optionnels et n’influencent pas les décisions d’octroi des visas.
Cependant, ces explications ne suffisent pas toujours à apaiser les critiques.
Un système critiqué mais légal
Pour plusieurs experts, ce modèle repose avant tout sur des politiques migratoires restrictives imposées par les États.
Le recours à des prestataires privés comme VFS Global serait une conséquence directe de ces politiques, transformant les demandes de visas en un marché lucratif.
Ce système crée ainsi une tension entre logique administrative, logique économique et attentes des populations.
Entre complexité administrative, coûts élevés et dérives possibles, l’accès aux visas en Afrique soulève de nombreuses questions. Cette situation met en lumière les inégalités dans la mobilité internationale et interroge les mécanismes actuels de gestion des flux migratoires.